dimanche 28 septembre 2014

Hanna et la frontière entre prière et hérésie



Petit rappel du dernier cours :
Elkana a deux femmes : Hanna et Peninna. Peninna a des enfants, tandis que Hanna est sans enfant. Elle en est triste et, aucun des personnages qui l’entourent n’est capable de l’aider. Peninna la fait encore plus souffrir, Elkana ne comprend pas la douleur qu’elle endure et Eli le Cohen Gadol la prend pour une femme ivre…
Nous avions remarqué la puissance, l’intensité, la passion avec lesquelles Hanna vivait ces événements. En effet, nombre de verbes la concernant sont « doublés ».
De même, le narrateur, en glissant une « erreur » grammaticale nous laisse entendre qu’il y a plus que de la passion chez Hanna, il y a même une colère, une plainte, une récrimination envers son Créateur. Car le texte dit (Chmouel I 1:11) : « וַתִּתְפַּלֵּל עַל- ה׳ » qui se traduirait littéralement par « elle pria sur D.ieu » alors que l’expression usuelle aurait été « וַתִּתְפַּלֵּל אֵל- ה » - « elle pria envers D.ieu ». Nous avions cité la guemara qui notait cette « erreur » et en concluait que « חנה הטיחה דברים כלפי מעלה » - « Hanna a eu des mots durs envers Hachem ».

Nous avions également étudié la guemara qui décrit la complainte de Hanna, que l’on pourrait résumer par : « A quoi me servent mes seins si je ne peux pas allaiter avec ? ».

J’aimerais maintenant vous citer un midrash (Yalkout Chim’oni sur Chmouel I רמז עח) qui donne une autre version de cette prière de Hanna :

אמר רבי יהודה ברבי סימון, אמרה חנה לפני הקדוש ברוך הוא רבש"ע, יש צבא למעלה - יש צבא למטה, הצבא של מעלה - לא אוכלים ולא שותים ולא פרים ורבים ולא מתים אלא חיים לעוה"ב, והצבא של מטה - אוכלים ושותים ופרים ורבים ומתים ואינם חיים, ואיני יודעת מאי זו צבא אני, אם מצבא של מעלה אני, לא אהא לא אוכלת ולא שותה ולא מולידה ולא מתה - אלא חיה לעולם, ואם מצבא של מטה אנכי, אהא מולידה ואוכלת ושותה
Parole de Rabbi Yéhouda fils de Rabbi Simone. Hanna a dit au Saint-Béni-Soit-Il : « Maître du monde ! Il y a une armée[1] céleste et une armée terrestre. Dans l’armée céleste, on ne mange pas, on ne boit pas, on ne se reproduit pas et on ne meurt pas mais on vit éternellement. Tandis que dans l’armée terrestre, on mange, on boit, on se reproduit, on meurt et l’on ne vit pas [éternellement]. Or je ne sais pas où me situer, car si je fais partie de l’armée céleste, je ne devrais pas manger, ni boire, ni enfanter, ni mourir mais je devrais au contraire vivre éternellement ; et si je fais partie de l’armée terrestre, alors je devrais enfanter, manger et boire[2].

Enfin, nous avions terminé par une série de questions, que je mentionne de nouveau ici :

1)       L’argument de Hanna pour ne pas être prise pour une femme mauvaise est étonnant. Elle explique qu’elle a été en quelques sortes emportée dans sa colère. N’est-ce pas justement une raison de la considérer comme une mauvaise personne ?!
2)      Le mot « בְּלִיָּעַל » fait en général référence à l’idolâtrie. Mais quel est le rapport entre un état saoul et l’idolâtrie ? Les sages apprennent de là que lorsqu’une personne prie en étant ivre, c’est comme si elle s’adonnait à l’idolâtrie. Pourquoi ?
ü  Le mot « בְּלִיָּעַל » peut se décomposer en « בלִי על », c’est-à-dire : « sans joug ».
ü  En quoi cela désigne-t-il l’idolâtrie ? Les idolâtres aussi ont un joug, celui des idoles !? Comment comprendre cette expression ?
3)      La guemara (Bérakhot 31b) relève que Hanna, par cette prière, a fait une sorte de révolution. Car c’est elle qui, la première, appelle D.ieu par le nom de « צְבָקוֹת ». Plus tard, d’autres prophètes emprunteront ce nom pour parler de D.ieu. Quelle est la signification de ce nom ? En quoi cela nous permet-il de mieux cerner le personnage de Hanna ?

Avant de répondre à ces questions, j’aimerais m’attarder sur une autre bizarrerie grammaticale que le narrateur a usée au sujet de Hanna.

Parler « sur » son cœur ?


Le texte dit (Chmouel I 1:13) : « וְחַנָּה, הִיא מְדַבֶּרֶת עַל-לִבָּהּ », que l’on traduit en général par « Hanna parlait en son cœur ». Or, littéralement, cette phrase devrait se traduire différemment car « עַל » signifie « sûr » et non « dans ». Il faudrait donc traduire cela par « Hanna parlait sur son cœur ». Si le texte voulait dire que Hanna se parlait à elle-même, il aurait dû être écrit : « וְחַנָּה, הִיא מְדַבֶּרֶת בֶּלִבָּהּ ». Que signifie donc « parler sur son cœur » ?

Des exemples similaires

Je vais vous citer six exemples – tirés du Tanakh – de personnes qui se parlaient à elles-mêmes. J’aimerais vous demander de les partager en deux groupes. Ce partage se basera à la fois sur des différences textuelles mais aussi conceptuelles.

1.        Téhilim 14:1

א לַמְנַצֵּחַ, לְדָוִד:
אָמַר נָבָל בְּלִבּוֹ, אֵין אֱלֹקִים;
הִשְׁחִיתוּ, הִתְעִיבוּ עֲלִילָה-- אֵין עֹשֵׂה-טוֹב.
1 Au chef des chantres; de David. L’insensé a dit en son cœur: "Il n’est point de D.ieu!" On est corrompu, on commet des actes odieux, personne ne fait le bien.

2.       Béréchit 27: 41

מא וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו, אֶת-יַעֲקֹב, עַל-הַבְּרָכָה, אֲשֶׁר בֵּרְכוֹ אָבִיו; וַיֹּאמֶר עֵשָׂו בְּלִבּוֹ, יִקְרְבוּ יְמֵי אֵבֶל אָבִי, וְאַהַרְגָה, אֶת-יַעֲקֹב אָחִי.
41 ’Essav prit Ya’akov en haine à cause de la bénédiction que son père lui avait donnée. Et ’Essav se dit en lui-même: "Le temps du deuil de mon père approche; je ferai périr Jacob mon frère."

3.       Chmouel I 1:13

יג וְחַנָּה, הִיא מְדַבֶּרֶת עַל-לִבָּהּ--רַק שְׂפָתֶיהָ נָּעוֹת, וְקוֹלָהּ לֹא יִשָּׁמֵעַ; וַיַּחְשְׁבֶהָ עֵלִי, לְשִׁכֹּרָה.
13 Hanna parlait en elle-même; on voyait seulement remuer ses lèvres, mais on n'entendait pas sa voix. Eli la crut ivre,



4.      Esther 6:6-9

ו וַיָּבוֹא, הָמָן, וַיֹּאמֶר לוֹ הַמֶּלֶךְ, מַה-לַּעֲשׂוֹת בָּאִישׁ אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ; וַיֹּאמֶר הָמָן, בְּלִבּוֹ, לְמִי יַחְפֹּץ הַמֶּלֶךְ לַעֲשׂוֹת יְקָר, יוֹתֵר מִמֶּנִּי.
6 Haman étant entré, le roi lui dit: "Que convient-il de faire pour l'homme que le roi désire honorer?" Et Haman de se dit en son cœur: "Est-il quelqu'un à qui le roi tienne à rendre plus d'honneurs qu'à moi-même?"
ז וַיֹּאמֶר הָמָן, אֶל-הַמֶּלֶךְ: אִישׁ, אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ.
7 Haman répondit donc au roi: "S'il est un homme que le roi ait à cœur d'honorer,
ח יָבִיאוּ לְבוּשׁ מַלְכוּת, אֲשֶׁר לָבַשׁ-בּוֹ הַמֶּלֶךְ; וְסוּס, אֲשֶׁר רָכַב עָלָיו הַמֶּלֶךְ, וַאֲשֶׁר נִתַּן כֶּתֶר מַלְכוּת, בְּרֹאשׁוֹ.
8 qu'on fasse venir un vêtement royal qu'a porté le roi et un cheval que le roi a monté et sur la tête duquel figure une couronne royale;
ט וְנָתוֹן הַלְּבוּשׁ וְהַסּוּס, עַל-יַד-אִישׁ מִשָּׂרֵי הַמֶּלֶךְ הַפַּרְתְּמִים, וְהִלְבִּישׁוּ אֶת-הָאִישׁ, אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ; וְהִרְכִּיבֻהוּ עַל-הַסּוּס, בִּרְחוֹב הָעִיר, וְקָרְאוּ לְפָנָיו, כָּכָה יֵעָשֶׂה לָאִישׁ אֲשֶׁר הַמֶּלֶךְ חָפֵץ בִּיקָרוֹ.
9 que l'on confie le vêtement et le cheval à l'un des seigneurs du roi, des hauts dignitaires, pour qu'on mette le vêtement à l'homme que le roi veut honorer, qu'on le promène sur le cheval par la grande place de la ville, en le faisant précéder de cette proclamation: "Voilà ce qui se fait pour l'homme que le roi veut honorer!"

5.       Daniel 1:8

ח וַיָּשֶׂם דָּנִיֵּאל עַל-לִבּוֹ, אֲשֶׁר לֹא-יִתְגָּאַל בְּפַת-בַּג הַמֶּלֶךְ וּבְיֵין מִשְׁתָּיו; וַיְבַקֵּשׁ מִשַּׂר הַסָּרִיסִים, אֲשֶׁר לֹא יִתְגָּאָל.
8 Or Daniel prit la résolution de ne pas se souiller par les plats du roi et le vin qui lui servait de boisson; il insista donc auprès du chef des eunuques pour n'avoir pas à se souiller.

6.      Béréchit 8:20-21

כ וַיִּבֶן נֹחַ מִזְבֵּחַ, לַה; וַיִּקַּח מִכֹּל הַבְּהֵמָה הַטְּהֹרָה, וּמִכֹּל הָעוֹף הַטָּהוֹר, וַיַּעַל עֹלֹת, בַּמִּזְבֵּחַ.
20 Noa’h érigea un autel à l'Éternel; il prit de tous les quadrupèdes purs, de tous les oiseaux purs, et les offrit en holocauste sur l'autel.
כא וַיָּרַח ה, אֶת-רֵיחַ הַנִּיחֹחַ, וַיֹּאמֶר האֶל-לִבּוֹ לֹא-אֹסִף לְקַלֵּל עוֹד אֶת-הָאֲדָמָה בַּעֲבוּר הָאָדָם, כִּי יֵצֶר לֵב הָאָדָם רַע מִנְּעֻרָיו; וְלֹא-אֹסִף עוֹד לְהַכּוֹת אֶת-כָּל-חַי, כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתִי.
21 L'Éternel aspira la délectable odeur, et Il dit en lui-même: "Désormais, je ne maudirai plus la terre à cause de l'homme, car les conceptions du cœur de l'homme sont mauvaises dès son enfance; désormais, je ne frapperai plus tous les vivants, comme je l'ai fait.

Des différences

On voit clairement, au moins d’un point de vue linguistique, deux groupes se dessiner. Il y a les exemples où l’on parle dans son cœur – 1,2 et 4 – et ceux qui parlent en dehors de leur cœur – 3, 5 et 6.

Répartissez maintenant ces six exemples en deux groupes : mettez les « gentils » d’un côté et les « méchants » de l’autre. Eh bien, on obtient la même répartition ; c’est-à-dire que les méchants parlent dans leur cœur tandis que les gentils parlent de l’extérieur de leur cœur.

Quelle différence y-a-t-il entre parler dans son cœur et parler sur ou vers son cœur ?

Essayez d’imaginer que vous soyez en train de parler depuis l’intérieur de votre cœur. Comment vous sentez-vous ? Probablement serré, à l’étroit ; vous n’êtes pas très à l’aise ; vous suffoquez, étouffez…

Nos Sages, après avoir cité tous les exemples ci-dessus, affirment (Yalkout Chim’oni sur Chmouel I רמז עח) :

הרשעים הם ברשות לבם (...) אבל הצדיקים לבם ברשותם
Les mécréants sont dans le domaine de leur cœur, tandis que les justes, [c’est le contraire car] c’est leur cœur qui est dans leur domaine.

Ce principe se vérifie dans l’ensemble des cas cités par le midrash. Par exemple, ’Essav (cas #2) est réellement prisonnier de ses passions. Il vient de se faire usurper sa bénédiction et sort de ses gonds. Il n’attend plus qu’une chose : pouvoir se venger. De même, Haman (cas #4) est ce vizir qui veut devenir calife à la place du calife. Il le désire tellement qu’il dévoile ce que son cœur contient. Il ne peut imaginer qu’une autre personne que lui soit concernée par les honneurs du roi. De plus, sa réponse au roi montre clairement ce qu’il souhaite : avoir l’habit du roi, sa couronne, son cheval, son ministre… En fait, il veut devenir le roi : Haman est prisonnier de son cœur.

Au contraire de ces deux exemples, Daniel (cas #5) était à la cour du roi et il lui aurait été bien plus facile de relâcher ses convictions et d’accepter de consommer de la nourriture non-casher. Mais il a su mettre les appels de son cœur de côté et a tenu bon à ses principes.

Réfléchissons un instant : Comment en arrive-t-on à ne pas croire en D.ieu ? Ou, en d’autres termes, qu’y-a-t-il d’agréable à ne pas croire en D.ieu ? Lorsque je veux vivre ma vie comme bon me semble, alors il est plus aisé de ne pas avoir de D.ieu qui me dicte ce que je dois ou ne dois pas faire. Lorsque je veux suivre mes passions, il faut enlever D.ieu de ma vie…

Venons en Hanna. Elle s’énerve et explique qu’elle n’a pas su se retenir (Chmouel I 1:16) : « כִּי-מֵרֹב שִׂיחִי וְכַעְסִי, דִּבַּרְתִּי עַד-הֵנָּה » - « c'est l'excès de mes griefs et de ma douleur qui m'a fait parler jusqu’à présent ». En lisant ces mots, on pourrait penser que Hanna avoue avoir été vaincue par ses pulsions de colère ou de douleur… On se serait attendu à ce qu’elle parle dans son cœur ! Mais ce n’est pas ce que le narrateur écrit, il dit au contraire qu’elle « parlait sur son cœur » - « הִיא מְדַבֶּרֶת עַל-לִבָּהּ » (Chmouel I 1:13). Comment comprendre cela ?

Vers une solution


Nous allons maintenant reprendre nos questions et tenterons d’y apporter des réponses.

Ivre ou sans-joug ?

Nous nous sommes demandé quel rapport liait un état saoul et l’idolâtrie ? Et nous avions mentionné cet enseignement de nos Sages qui disent que lorsqu’une personne prie en étant ivre, c’est comme si elle s’adonnait à l’idolâtrie.

Laissez-moi vous poser la question suivante : Comment se fait-il qu’une personne se saoule ? En général, c’est parce qu’elle cherche à échapper à sa réalité.

Lorsqu’on prie, on doit reconnaître son Créateur. Il s’agit d’un « service » comme il est dit[3] : « איזו היא עבודה שבלב הוי אומר זו תפלה » - « Quel est le service du cœur ? Il s’agit de la prière ». Si l’on sert quelqu’un, cela suppose que l’on reconnaisse ce « quelqu’un ». En faisant une prière, on se met au service de notre Créateur, que l’on reconnaît de facto. Si, lorsque l’on prie, on est ivre, alors on est dans une contradiction. Car d’un côté, on cherche à échapper la réalité et d’un autre côté, on est bien présent, au service du Créateur.

Servir une idole est différent que de servir D.ieu. En effet, l’idole n’est qu’une extension de l’humain qui l’a créé. Servir une idole, c’est finalement, manquer de reconnaître un Autre, qui aurait existé sans moi et qui gère le monde, indépendamment de moi.

Hanna, en disant (Chmouel I 1:16) : « אַל-תִּתֵּן, אֶת-אֲמָתְךָ, לִפְנֵי, בַּת-בְּלִיָּעַל » - « ne prends pas ta servante pour une femme idolâtre », elle affirme qu’elle n’a jamais cherché à échapper à la réalité de son Créateur. Nous verrons l’importance que cela revêt dans quelques instants.

Un D.ieu de guerre ?

Comme nous l’avons vu, Hanna est la première personne de l’Histoire à avoir appelé Hachem par le nom de « צְבָקוֹת » - « Cebakot ». Ce nom de D.ieu a une connotation militaire, elle Le désigne comme un général, chef des armées.

Justement, si D.ieu est le général des armées, qui est Hanna ? Elle est un simple soldat. Continuons l’analogie. Quels sont les devoir d’un soldat ? Il doit obéissance et loyauté à son général. Et quels sont les devoirs d’un général envers son soldat ? Il doit s’assurer qu’il ne manque de rien pour accomplir sa mission : nourriture, armes etc.

En d’autres termes, la relation soldat-général n’est pas à sens unique. Si le besoin s’en fait sentir, le soldat peut légitimement demander : « Je veux être ton soldat, mais je ne peux pas l’être de manière correcte tant que je n’ai pas obtenu ce dont j’ai besoin pour te servir ».

Hanna, en appelant D.ieu par le nom de « צְבָקוֹת » - « Cebakot » se met en position de soldat de D.ieu ; un soldat qui ne cherche qu’à servir son Général mais qui ne le peut pas pleinement car elle n’a pas d’enfant[4]. Ce faisant, Hanna ne rejette absolument pas D.ieu, elle cherche justement à Le servir correctement. D’ailleurs, elle promet que si elle est exaucée, l’enfant qui naîtra sera dédié à Hachem. Ceci confirme que tout l’objet de sa demande est uniquement de servir D.ieu[5].

La communication féminine

Question : Selon vous, à partir de quand Hanna va-t-elle mieux et recommence à manger ? A priori, vous répondriez qu’elle va mieux dès qu’elle est enceinte, n’est-ce pas ? Et pourtant, ce n’est pas du tout le cas… En effet, à peine a-t-elle terminé sa prière qu’elle va beaucoup mieux ! Mais comment cela se fait-il ? Son problème d’enfant n’est pas encore résolu !

En réalité, cela nous oblige à réfléchir à la signification de la prière. Qu’est-ce que « Prier » ? Nous pourrions dire qu’il s’agit d’une communication entre l’homme et D.ieu. Mais il y a deux manières de définir la communication :
-          On pourrait dire qu’il s’agit de partager une information afin d’obtenir un changement, une action, un conseil etc. C’est une vision plutôt masculine de la communication.
-          Mais on pourrait aussi dire qu’il s’agit simplement de partager, de trouver une oreille qui écoute. Ceci est une manière de communiquer plus féminine[6]. En partageant avec l’autre, j’accepte sa personne. En extériorisant ce qu’il y a dans mon esprit pour l’échanger avec l’autre, je construis une relation, je crée une connexion : c’est cela la communication.

Hanna nous montre que la prière est une forme féminine de la communication avec Hachem. Elle interpelle son Créateur, elle lui explique son désarroi et cela suffit à l’apaiser car elle a construit quelque chose dans sa relation avec Lui.

Conclusion


Finalement, quelle différence y-a-t-il entre Hanna et le mékalel ? Leurs situations sont très semblables : tous deux sont en colère, tous deux ne trouvent pas leur place, tous deux ne voient pas d’intérêt à leur naissance…
Mais la différence est de taille : Hanna est en colère justement parce qu’elle veut construire une relation avec D.ieu. Elle est consciente qu’elle ne pourra pas être un « bon soldat » si elle n’a pas cet outil qui lui fait défaut. Elle s’inscrit donc dans une relation avec D.ieu ; elle a un souci dans cette relation : elle ne le dit que parce qu’elle veut arranger cette relation. Le mékalel quant à lui, s’exclu immédiatement de la relation qui le lie à D.ieu. Il ne cherche pas à rétablir une relation harmonieuse, plutôt, il maudit et rejette son D.ieu.

Quand ça ne va pas dans une relation, il y a deux manières de réagir :
-          Destructive : Je ne souhaite qu’une chose, c’est que cette relation se termine.
-          Constructive : C’est le constat que, dans cette relation dans laquelle je suis avec toi et dans laquelle je souhaite rester, je ne suis pas heureux. Il y a quelque chose qui ne va pas et je te le dis car je désire que cela s’arrange et que notre relation se renforce. La colère que j’exprime servira alors à construire notre relation. C’est cela que Hanna fait en priant envers Hachem.

Pour la prochaine fois, j’aimerais que vous lisiez la seconde prière de Hanna au début du Chapitre 2 de Chmouel I. En particulier, relevez toutes les questions que le texte pose. De plus, essayez de voir en quoi la première prière a eu un impact sur cette seconde prière.

A la prochaine !


Traduit librement par Naty à partir d’une série de conférences données par Rav Fohrman. Le titre original de la série est : « Is it Kosher to argue ? ».



[1] N.d.T – On retrouve cette notion de D.ieu des armées dans la bouche de Hanna. Nous y reviendrons.
[2] Voyez-vous un lien entre « avoir des enfants » et « vivre éternellement » ?Imaginez un monde où les gens vivraient éternellement, quel y serait le taux de natalité ? Probablement très bas, car les gens n’auraient pas à se soucier de leur futur, représenté par les enfants…
[3] מכילתא דרבי שמעון בר יוחאי פרק כג
[4] Souvenez-vous du midrash que nous avons cité au début de cet article. Hanna veut faire partie de « l’armée d’en bas » mais, pour ce faire, elle doit avoir des enfants…
[5] On retrouve cette notion de réciprocité dans la relation soldat – général dans les termes employés par Hanna. Elle emploie le même terme pour la demande d’enfant ainsi que pour la consécration de cet enfant à D.ieu. Il s’agit à chaque fois de la racine « שָׁאוּל » (cf. v27-28).
[6] N.d.T – Je vous invite à lire Les hommes viennent de Mars ; les femmes viennent de Vénus de John Gray.

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