mercredi 5 décembre 2012

Du Séné au Sinaï - Un regard nouveau sur les Dix Commandements

Nous allons étudier dans ce cours les textes relatant les deux premières rencontres entre Moché et Ytro.
Le récit de la première de ces rencontres se trouve dans Chémot 2, v. 11 à 22 (fin de la Parachat Béchala’h). Nous appellerons ce passage « Ytro ① ». Dans ce chapitre, Moché, sorti du palais de Pharaon, rencontre un hébreu battu par un égyptien. Pour faire justice, Moché tue l’égyptien et l’enterre. Il rencontre ensuite deux hébreux en dispute et s’approche pour régler le conflit, mais l’un des deux lui reproche son intrusion. Moché s’enfuit alors et s’assoit près d’un puits. Il y voit les filles de Ytro cherchant à abreuver leurs brebis et malmenées par des bergers qui leur bloquent l’accès au puits. Moché prend leur défense et abreuve les brebis. C’est alors qu’Ytro demande à rencontrer Moché.
La deuxième rencontre entre Moché et Ytro est détaillée dans la Parachat Ytro, Chémot 18. Nous appellerons ce passage « Ytro ② ». Ytro y apprend tout le bien que Hachem a fait en délivrant les Bné Israël d’Egypte et part à la rencontre de Moché avec Tsipora et ses deux fils. Ytro voit Moché juger le peuple et lui reproche de le faire seul. Il lui conseille alors de nommer des juges intermédiaires, ce que Moché fait.
Relisez ces deux passages dans le texte, et essayez de trouver ce qui, dans Ytro ②, vous rappelle Ytro ①.

Un air de déjà vu


  Un problème de jugement


Dans Ytro ①, lorsque Moché s’approche des deux hébreux pour régler le litige, l’un des deux lui dit (Chémot 2:14): « מִי שָׂמְךָ לְאִישׁ שַׂר וְשֹׁפֵט עָלֵינוּ », «"Qui t'a fait notre seigneur et notre juge?"». En d’autres termes, on lui reproche de se positionner en juge : « dans cette histoire, il ne devrait pas y avoir de juge ».
Cela ne vous rappelle-t-il rien dans Ytro ② ?
Oui, une histoire de juge… Voyant que Moché passe la journée à juger le peuple, Ytro lui dit (Chémot 18, 18) : « כִּי-כָבֵד מִמְּךָ הַדָּבָר », « car la tâche est trop lourde pour toi ». Ytro lui reproche de mal gérer le jugement du peuple.
Dans ces deux passages, Moché essuie un reproche quant à son niveau de jugement : dans Ytro ①, on lui reproche de se mettre à un niveau de jugement trop élevé, il devrait se mettre au même niveau que tout le monde, et dans Ytro ② , on lui reproche d’être à un niveau trop bas, il devrait être plus haut-placé (en employant des juges intermédiaires).

Y a-t-il d’autres liens entre ces deux passages ?

Un festin pour marquer le coup


Dans ces deux passages, Ytro entend que quelqu’un était opprimé et qu’il a été sauvé.
Voyons voir :


Opprimé
Sauveur
Ytro ①
Les filles de Ytro
Moché
Ytro ②
Les Bné Israël
Hachem


Quelle est la réaction de Ytro après cette nouvelle dans les deux cas ?

Dans Ytro ①, il invite Moché à manger du pain (Chémot 2, 20) : « קִרְאֶן לוֹ וְיֹאכַל לָחֶם »,  « Appelez-le, qu'il vienne manger du pain ». Ytro organise un repas et y invite le sauveur. Donc se retrouvent autour de la table les sept filles de Ytro, les « opprimées », ainsi que Moché, le « sauveur ».
Et dans Ytro ② ?
Là encore, Ytro organise un grand repas. Et qui y participe ? Moché y participe-t-il ? Eh bien non… Par contre, ce sont Aaron, les anciens, et tous les Bné Israël qui partagent le pain d’Ytro (Chémot 18, 12) : « וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל, לֶאֱכָל-לֶחֶם עִם-חֹתֵן מֹשֶׁה », « et Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent manger du pain avec le beau-père de Moché ». Quelqu’un d’autre est présent pour ce festin ? Oui, oui. Regardez bien la fin du passouk (Chémot 18, 12) :
יב וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, עֹלָה וּזְבָחִים--לֵאלֹקִים; וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל, לֶאֱכָל-לֶחֶם עִם-חֹתֵן מֹשֶׁה--לִפְנֵי הָאֱלֹקִים
12 Jéthro, beau-père de Moïse, offrit holocauste et d’autres sacrifices à Dieu; et Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent partager le repas du beau-père de Moïse, en présence de Dieu.

D.ieu lui-même…  Ytro fait des offrandes à D.ieu, qui est donc de la partie.
Là encore, nous voyons, suite à la nouvelle d’une délivrance, qu’Ytro organise un banquet joignant les opprimés (ici, Bné Israël) et le sauveur (ici, D.ieu Lui-même).

Mais où est Moché ? Que fait-il ? C’est écrit dans le verset suivant (Chémot 18, 13) : « וַיֵּשֶׁב מֹשֶׁה, לִשְׁפֹּט אֶת-הָעָם », «Moché s’assit pour rendre la justice au peuple ». De quoi s’agit-il au juste ?

Un mariage arrangé


Dans Ytro ①, à la suite du repas, Ytro donne sa fille Tsipora en mariage à Moché[1]. On assiste ainsi à une union entre l’opprimée, et le sauveur.
Si les parallèles continuent, on devrait bien assister également à un mariage à la suite du repas de Ytro ②. Est-ce bien le cas ?
Après le repas, la caméra zoome sur Moché qui est en train de juger le peuple. Et que dit Moché à propos de ce jugement ? Voyons les psoukim (Chémot 18, 15) :
טו וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה, לְחֹתְנוֹ:  כִּי-יָבֹא אֵלַי הָעָם, לִדְרֹשׁ אֱלֹקִים. 
15 Moïse répondit à son beau-père: "C'est que le peuple vient à moi pour consulter le Seigneur.

Le peuple cherche D.ieu à travers Moché.
Il s’agit donc bien d’une union. Et Moché est ici le « trait d’union », entre le peuple (opprimé) et Hachem (Sauveur)[2].

Allons un peu plus loin, et dépassons le récit de ces deux rencontres entre Moché et Ytro.
Que se passe-t-il juste après Ytro ① ?
Que se passe-t-il juste après Ytro ② ?
Y a-t-il encore des parallèles à tracer et des leçons à tirer ?
Avant de continuer à explorer les parallèles entre Ytro ① et Ytro ②, je vais ouvrir une petite parenthèse sur ce qu’il se passe à la suite d’Ytro ①, à savoir l’épisode du « buisson ardent ».

La révélation du « buisson ardent »


A la suite de Ytro ①, que lit-on ? (Chémot 3, 1 et 2) :
א וּמֹשֶׁה, הָיָה רֹעֶה אֶת-צֹאן יִתְרוֹ חֹתְנוֹ--כֹּהֵן מִדְיָן; וַיִּנְהַג אֶת-הַצֹּאן אַחַר הַמִּדְבָּר, וַיָּבֹא אֶל-הַר הָאֱלֹקִים חֹרֵבָה. 
1 Or, Moïse faisait paître les brebis de Jéthro son beau-père, prêtre de Madian. Il avait conduit le bétail au fond du désert et était parvenu à la montagne divine, au mont Horeb.
ב וַיֵּרָא מַלְאַךְ ה׳ אֵלָיו, בְּלַבַּת-אֵשׁ--מִתּוֹךְ הַסְּנֶה; וַיַּרְא, וְהִנֵּה הַסְּנֶה בֹּעֵר בָּאֵשׁ, וְהַסְּנֶה, אֵינֶנּוּ אֻכָּל. 
2 Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d'un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point.

Moché se dirige vers le mont ’Horev, bizarrement appelé « הַר הָאֱלֹקִים », « montagne divine »[3], et y voit le « סְּנֶה », dit « buisson ardent ». Il s’agit d’un buisson en feu, mais qui ne se consume pas.
Moché, étonné par ce qu’il voit, veut s’approcher pour essayer de comprendre.
D.ieu se révèle alors à lui[4] et l’enjoint en premier lieu de ne pas s’approcher, et d’ôter ses chaussures, car le lieu où il se trouve est « saint ».

Que voit-on au juste ?


Qu’y a-t-il de tellement remarquable au fait que Moché ait vu que le buisson ne se consumait pas ?
En effet, D.ieu appelle Moché lorsque celui-ci s’arrête pour observer le buisson. Sous-entendu, si Moché ne s’était pas arrêté pour regarder, Hachem ne l’aurait pas appelé.

La vérité, c’est que si nous étions à la place de Moché, nous n’aurions jamais remarqué que le buisson ne se consumait pas. Il aurait fallu qu’on y reste des heures pour commencer, peut-être, à se poser la question « mais au fait, le buisson ne brûle pas ?! ». Moché, lui, en un coup d’œil, l’a vu.

Il existe une expérience psychologique bien connue qui consiste à insérer dans un jeu de cartes une fausse carte : il s’agit d’une carte de cœur sur laquelle figure le chiffre 3, mais sont dessinés 2 cœurs. On montre le jeu de cartes à des enfants en leur précisant qu’il s’agit d’une expérience psychologique sur la perception. L’enfant doit prendre le paquet de cartes dans la main et nommer les cartes, une à une, avec 5 secondes d’observation par carte. Sur 100 enfants testés, une partie dit de la fausse carte qu’il s’agit d’un 2 de cœur, une partie en dit que c’est un 3 de cœur, mais personne ne dit que c’est une fausse carte. Pourquoi ? Parce que le cerveau est ainsi fait qu’il voit une chose à laquelle il s’attend.  La perception de l’œil est faussée par les attentes du cerveau.
Donc au Séné, nous aurions simplement vu un buisson entrain de brûler.
Moché, lui, n’est pas troublé par cette vision. Son cerveau voit ce que ses yeux voient.

Quelle déduction tirer du feu qui ne brûle pas ?


Question : avons-nous, dans notre monde, des « buissons ardents » ?
Réponse : oui, une cuisinière à gaz
Dans le Séné, il y a du feu sur le bois, mais le bois ne brûle pas.
De même, dans une cuisinière à gaz, il y a du feu sur le métal, mais le métal ne brûle pas.
Que peut-on déduire du fait que le feu ne brûle pas le métal de la cuisinière ?
Que le métal n’est pas le carburant, et que donc le carburant est ailleurs : c’est en fait le gaz qui se trouve dans la bombonne sous la cuisinière, pour les plus anciennes.
De même, si le bois ne brûle pas alors qu’il est en feu, c’est qu’il n’est pas le carburant de ce feu. Le bois n’est que le véhicule du feu, mais pas son carburant. Le carburant vient d’ailleurs. D’où ?

Du Ciel.
C’est en cela que cette vision est une révélation pour Moché. Un être spirituel descend de ses hauteurs pour maintenir ce feu allumé.

Les parallèles : suite


Revenous maintenant à nos comparaisons entre Ytro ① et Ytro ②. Nous avons déjà vu que les deux rencontres Moché/Ytro étaient similaires ; voyons voir si cette similitude se poursuit après les rencontres aussi…

Berger


Après la 1ère rencontre de Moché avec Ytro, Moché fait paître un troupeau. Et quel troupeau ? Un troupeau qui n’est pas le sien : c’est celui de son beau-père. Et où va-t-il ? Il va vers le Mont ’Horev :  (Chémot 3, 1) :
א וּמֹשֶׁה, הָיָה רֹעֶה אֶת-צֹאן יִתְרוֹ חֹתְנוֹ--כֹּהֵן מִדְיָן; וַיִּנְהַג אֶת-הַצֹּאן אַחַר הַמִּדְבָּר, וַיָּבֹא אֶל-הַר הָאֱלֹקִים חֹרֵבָה. 
1 Or, Moïse faisait paître les brebis de Jéthro son beau-père, prêtre de Madian. Il avait conduit le bétail au fond du désert et était parvenu à la montagne divine, au mont Horeb.

Y a-t-il quelque chose de similaire après la 2ème rencontre entre Moché et Ytro ?
On sait que le peuple est sorti d’Egypte. Et qui les dirigeait ? Moché. Donc là encore, Moché dirige un « troupeau »[5], les Bné Israël, et ce « troupeau » n’est pas le sien, c’est celui de Hachem. Et où va-t-il ? Il se dirige vers le Sinaï, qu’on sait être le Mont ’Horev : (Chémot 19, 1 et 2) :

א בַּחֹדֶשׁ, הַשְּׁלִישִׁי, לְצֵאת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם--בַּיּוֹם הַזֶּה, בָּאוּ מִדְבַּר סִינָי. 
1 A la troisième néoménie depuis le départ des Israélites du pays d'Égypte, le jour même, ils arrivèrent au désert de Sinaï.
ב וַיִּסְעוּ מֵרְפִידִים, וַיָּבֹאוּ מִדְבַּר סִינַי, וַיַּחֲנוּ, בַּמִּדְבָּר; וַיִּחַן-שָׁם יִשְׂרָאֵל, נֶגֶד הָהָר. 
2 Partis de Refidim, ils entrèrent dans le désert de Sinaï et y campèrent, Israël y campa en face de la montagne.

Un objet ardent


Après Ytro , sur le Mont ’Horev, Moché observe le Séné, le buisson en feu qui ne se consume pas, le buisson ardent (Chémot 3, 2) :
ב וַיֵּרָא מַלְאַךְ ה׳ אֵלָיו, בְּלַבַּת-אֵשׁ--מִתּוֹךְ הַסְּנֶה; וַיַּרְא, וְהִנֵּה הַסְּנֶה בֹּעֵר בָּאֵשׁ, וְהַסְּנֶה, אֵינֶנּוּ אֻכָּל. 
2 Un ange du Seigneur lui apparut dans un jet de flamme au milieu d'un buisson. Il remarqua que le buisson était en feu et cependant ne se consumait point.

Et après Ytro  ? Là encore, on observe un objet ardent : le Mont Sinaï (Chémot 19, 18) :
יח וְהַר סִינַי, עָשַׁן כֻּלּוֹ, מִפְּנֵי אֲשֶׁר יָרַד עָלָיו ה׳, בָּאֵשׁ; וַיַּעַל עֲשָׁנוֹ כְּעֶשֶׁן הַכִּבְשָׁן, וַיֶּחֱרַד כָּל-הָהָר מְאֹד. 
18 Or, la montagne de Sinaï était toute fumante, parce que le Seigneur y était descendu au sein de la flamme; sa fumée montait comme la fumée d'une fournaise et la montagne entière tremblait violemment.


Une révélation divine


Au Séné, D.ieu apparaît à Moché à travers la flamme du buisson (Chémot 3, 4) :
« וַיִּקְרָא אֵלָיו אֱלֹקִים מִתּוֹךְ הַסְּנֶה », « D.ieu l'appela du sein du buisson ».

Au Sinaï également, D.ieu se révèle au peuple à travers la flamme (Chémot 19, 18) :
« מִפְּנֵי אֲשֶׁר יָרַד עָלָיו ה׳, בָּאֵשׁ », « parce que le Seigneur y était descendu au sein de la flamme ». Le peuple voit donc D.ieu à travers la flamme.

Dans ces deux passages, D.ieu se révèle aux travers d’une flamme, la première fois, à Moché seul, la deuxième fois, au peuple entier.

Une précaution tout de même


Au Séné, D.ieu demande à Moché de ne pas s’approcher du buisson (Chémot 3, 5) : « אַל-תִּקְרַב הֲלֹם », « N'approche point d'ici! ».

Et au Sinaï ? Au Sinaï, D.ieu enjoint fermement les Bné Israël de ne pas approcher le Mont Sinaï (Chémot 19, 12) :
יב וְהִגְבַּלְתָּ אֶת-הָעָם סָבִיב לֵאמֹר, הִשָּׁמְרוּ לָכֶם עֲלוֹת בָּהָר וּנְגֹעַ בְּקָצֵהוּ:  כָּל-הַנֹּגֵעַ בָּהָר, מוֹת יוּמָת. 
12 Tu maintiendras le peuple tout autour, en disant: ‘Gardez-vous de gravir cette montagne et même d'en toucher le pied, quiconque toucherait à la montagne serait mis à mort.



Apprenons des différences


Ces deux épisodes, celui du Séné, et celui du Sinaï, semblent donc très similaires à de nombreux égards. Voyons un peu le nom de ces deux événements : Séné, Sinaï, Séné, Sinaï, סנה, סני… Les noms aussi sont très ressemblants, ne trouvez-vous pas ? Quelle est la seule différence entre ces deux noms ?
Le « ה » du Séné fait place au « י » du Sinaï.  Quelle est la valeur numérique de ces deux lettres ? Le « ה » vaut 5, et le « י » vaut 10.  Est-ce que le nombre 10 vous fait penser à quelque chose dans l’épisode du Sinaï ?
Oui, aux 10 commandements.
Et le 5 alors ? Eh bien, regardez bien les échanges entre Moché et D.ieu au Séné. Ils sont bien au nombre de 5 !
Donc le monologue du Sinaï où D.ieu s’adresse au peuple en 10 paroles fait miroir au dialogue où D.ieu parle à Moché en 5 échanges.

Or, nous avons déjà vu que les 10 commandements pouvaient en fait se décliner en 5 principes donnant les lignes de conduite à tenir envers son/ses créateurs, et envers ses pairs[6], qui donnent le chemin à suivre pour acquérir une bonne estime de soi.

Et si les parallèles menés jusque là continuent, on pourrait, aux travers des 5 échanges entre Moché et D.ieu au Séné avoir une sorte d’interprétation des 10 commandements, soit des 5 principes qui y sont énoncés.
Regardons cela plus en détail.

Premier échange / commandement / principe


Dans le premier échange entre Moché et D.ieu au Séné (Chémot, 3:6-10), D.ieu se présente en ces termes : « אָנֹכִי אֱלֹקֵי אָבִיךָ, אֱלֹקֵי אַבְרָהָם אֱלֹקֵי יִצְחָק, וֵאלֹקֵי יַעֲקֹב », « Je suis la Divinité de ton père, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ». Puis Il continue : « רָאֹה רָאִיתִי אֶת-עֳנִי עַמִּי אֲשֶׁר בְּמִצְרָיִם », « J'ai vu, j'ai vu l'humiliation de mon peuple qui est en Égypte ». Une présentation de D.ieu connaissant la souffrance de son peuple en Egypte. Tiens donc… Cela semble faire écho au premier « commandement » (Chémot, 20, 2):
«אָנֹכִי ה' אֱלֹהֶיךָ, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים», « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, d'une maison d'esclavage ».

Deuxième échange / commandement / principe


Le deuxième échange entre Moché et D.ieu au Séné se trouve dans Chémot 3:11-12. Moché semble effrayé par la mission qui lui est confiée par D.ieu, il ne s’en sent pas l’envergure. D.ieu répond alors : « כִּי-אֶהְיֶה עִמָּךְ », « C'est que je serai avec toi ». D.ieu semble dire à Moché : « Tu as peur ? Non, n’aies pas peur, je serai avec toi quand tu seras en danger, je serai là, toujours pour toi »[7].  
Dans ces conditions, « comment pourrais-tu m’abandonner ? », pourrait dire D.ieu, « pourquoi irais-tu voir d’autres divinités, comment oserais-tu faire ça ? ». Cet échange entre D.ieu et Moché semble donc le germe du deuxième « commandement » (Chémot 20, 2) : « לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים, עַל-פָּנָי», « Tu n'auras point d'autre dieu que moi ».
On pourrait dire ici que c’est la notion de fidélité qui ressort. D.ieu dit à Moché qu’il lui sera fidèle, et demande, en conséquence, au peuple d’Israël de lui être fidèle.

Troisième échange / commandement / principe


Dans le troisième échange entre Moché et D.ieu (Chémot 3:13-22), Moché dit à D.ieu que les Bné Israël risquent de lui demander le nom de ce D.ieu qui l’envoie les libérer : «וְאָמְרוּ-לִי מַה-שְּׁמוֹ », « S'ils me disent: Quel est son nom? ». On assiste à une discussion sur le nom de Hachem. Et D.ieu de répondre : «אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה  », « Je suis l'Être invariable! ». D.ieu dit en quelques sortes : « Je suis le D.ieu qui est avec toi maintenant, et celui de tes ancêtres. Je leur avais fait une promesse, et Je respecte mes promesses ». 

Et que trouve-t-on dans le Troisième commandement (Chémot 20:6) ?
« לֹא תִשָּׂא אֶת-שֵׁם-ְה' אֱלֹקֶיךָ, לַשָּׁוְא », « Tu n'invoqueras point le nom de l'Éternel ton Dieu à l'appui du mensonge ». Un commandement à propos du nom de D.ieu.

En suite logique à la présentation de son nom à Moché, D.ieu dit aux Bné Israël : « Ne prononce pas mon nom en vain. Mon nom ne doit pas être traité à la légère parce que je me comporte en accord avec ce nom. Comprends plutôt sa signification. ».

Quatrième échange / commandement / principe


Dans le quatrième échange entre Moché et D.ieu (Chémot 4:1-9), Moché demande à D.ieu comment il pourra prouver aux Bné Israël qu’il est bien Son envoyé. D.ieu montre alors à Moché quelques prodiges qu’il pourra réaliser à ces fins. D.ieu dit à Moché (Chémot 4:8) :
ח וְהָיָה, אִם-לֹא יַאֲמִינוּ לָךְ, וְלֹא יִשְׁמְעוּ, לְקֹל הָאֹת הָרִאשׁוֹן--וְהֶאֱמִינוּ, לְקֹל הָאֹת הָאַחֲרוֹן. 
8 "Eh bien! s'ils n'ont pas croyance en toi, s'ils sont sourds à la voix du premier prodige, ils devront céder à la voix du dernier.

On assiste donc à un échange à propos de signe, « אֹת », qui témoigne qui Moché représente D.ieu.
Que contient le quatrième commandement ? L’ordre de respecter le Shabbat. Qu’est-ce que le Shabbat ?
Un signe« אֹת », que le peuple juif représente D.ieu.

Jusque là, nous voyons que le dialogue entre Moché et D.ieu porte en lui le germe de ce qui donnera plus tard les dix commandements.
Analysons un peu le dernier échange.

Cinquième échange / commandement / principe


Dans le dernier échange, qui s’étale des versets 10 à 17 du quatrième chapitre de Chémot, Moché explique à D.ieu que techniquement, il ne pourra pas faire en sorte que Par’o l’écoute. En effet, Moché n’est pas un homme de parole et a du mal à s’exprimer. Il le dit à D.ieu en ces termes :


י וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-ה׳, בִּי אֲדֹנָ-י, לֹא אִישׁ דְּבָרִים אָנֹכִי גַּם מִתְּמוֹל גַּם מִשִּׁלְשֹׁם, גַּם מֵאָז דַּבֶּרְךָ אֶל-עַבְדֶּךָ:  כִּי כְבַד-פֶּה וּכְבַד לָשׁוֹן, אָנֹכִי. 
10 Moïse dit à l'Éternel: "De grâce, Seigneur! je ne suis habile à parler, ni depuis hier, ni depuis avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur; car j'ai la bouche pesante et la langue embarrassée."

Dans le cinquième commandement, D.ieu nous ordonne de respecter nos parents en ces termes (Chémot 20, 11) : « כַּבֵּד אֶת-אָבִיךָ, וְאֶת-אִמֶּךָ », « Honore ton père et ta mère ».

On retrouve dans ces deux passages le mot « כבד », concernant la bouche et la langue dans le premier, et le père et la mère dans le deuxième. 

D’accord, on retrouve un mot en commun entre le cinquième échange et le cinquième commandement. Mais au-delà de cette ressemblance textuelle, y a-t-il un quelconque rapprochement entre les notions fondamentales qui y sont abordées ? Cet échange entre Moché et D.ieu permet-il de donner une meilleure compréhension du cinquième commandement ?

Essayons de comprendre l’échange entre D.ieu et Moché au Séné. Moché dit : « Je ne veux pas ce boulot, je n’ai pas les bons outils, je suis nul, je ne sais pas parler. Tu as plutôt besoin d’une personne charismatique ». Et qu’est ce que D.ieu lui répond ?... « Tu sais à qui tu parles ? Je suis Celui qui rend les personnes capables de parler ou incapable de parler ! Je suis responsable de ta situation… ». Dans les mots, il lui dit la chose suivante (Chémot 4, 11) :
יא וַיֹּאמֶר ה׳ אֵלָיו, מִי שָׂם פֶּה לָאָדָם, אוֹ מִי-יָשׂוּם אִלֵּם, אוֹ חֵרֵשׁ אוֹ פִקֵּחַ אוֹ עִוֵּר--הֲלֹא אָנֹכִי, ה׳. 
11 L'Éternel lui répondit: "Qui a donné une bouche à l'homme? qui le fait muet ou sourd, clairvoyant ou aveugle, si ce n'est moi, l'Éternel?

D.ieu apparaît à Moché en tant que son parent dans le ciel, en tant que son créateur, en tant que celui qui lui donne les outils de base.
« Tu crois que ces outils ne sont pas suffisants pour ce boulot ? Devine quoi ? Ils le sont… Tu ne comprends pas la mission. Ce n’est pas du charisme qu’il faut pour cette mission. Moi, je la connais. Tu peux la remplir avec tes outils. ». Voilà ce que D.ieu dit à Moché, en substance.
Et c’est exactement ça le כבוד אב ואם – respect des parents: on doit savoir que les outils dont nous disposons dans la vie ne sont peut-être pas ceux que nous voudrions, mais ce sont exactement ceux dont nous avons besoin pour remplir notre mission sur Terre. On a les outils qu’on a, on nous les a offerts, et c’est suffisant.

Honorer ses parents est la meilleure chose que l’on puisse faire pour l’estime de soi. Même quand les parents nous ont fait du mal.

Sans vouloir donner de conseils pratiques, que signifie « honorer » ? Honorer ses parents ne signifie pas qu’on doit les aimer. Cela signifie qu’on doit les servir, les aider à s’habiller, leur rendre des services, leur préparer le café etc…  C’est la meilleure des choses à faire pour exprimer notre reconnaissance. Notre reconnaissance pour quoi ? Pour le fait qu’ils ont fait de nous ce que nous sommes.
A chaque fois que l’on fait ça, on affirme la spécificité de notre être : « ce que vous m’avez donné est le meilleur du monde », leur dit-on par nos gestes. Il n’y a pas meilleur acte d’estime de soi que l’honneur de ses parents.

Il y a des enfants à qui les parents ont fait des choses terribles et qui sont dans une situation tragique. Ils peuvent haïr leurs parents mais les honorer malgré tout. Comment est ce possible ? En se disant : « Si je ne vous honore pas, alors, je m’autodétruis, alors qui suis-je ? Je ne suis rien. Je viens de vous, je vous dois ma vie… Et en vous honorant, j’affirme que j’en vaux la peine, ce que vous m’avez donné en vaut la peine. Vous méritez cette gratitude, même si je lutte avec la colère pour ce que vous m’avez fait. ».

Les 10 commandements montrent en fait que toutes les lois de la Torah visent à une chose : à l’amour. Mais pas l’amour passionnel qui annihilerait l’individualité. Non. Un amour basé sur le respect de chaque être. Le respect de D.ieu, le respect de ses parents. Le respect de ses pairs…. Le respect de soi.


 Annexe
Chémot – 2
יא וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו, וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו. 
11 Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, alla parmi ses frères et fut témoin de leurs souffrances.
יב וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה, וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ; וַיַּךְ, אֶת-הַמִּצְרִי, וַיִּטְמְנֵהוּ, בַּחוֹל. 
12 Il aperçut un Égyptien frappant un Hébreu, un de ses frères. Il se tourna de côté et d'autre et ne voyant paraître personne, il frappa l'Égyptien et l'ensevelit dans le sable.
יג וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי, וְהִנֵּה שְׁנֵי-אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים; וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ. 
13 Étant sorti le jour suivant, il remarqua deux Hébreux qui se querellaient et il dit au coupable: "Pourquoi frappes-tu ton prochain?"
יד וַיֹּאמֶר מִי שָׂמְךָ לְאִישׁ שַׂר וְשֹׁפֵט, עָלֵינוּ--הַלְהָרְגֵנִי אַתָּה אֹמֵר, כַּאֲשֶׁר הָרַגְתָּ אֶת-הַמִּצְרִי; וַיִּירָא מֹשֶׁה וַיֹּאמַר, אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר. 
14 L'autre répondit: "Qui t'a fait notre seigneur et notre juge? Voudrais-tu me tuer, comme tu as tué l'Égyptien?" Moïse prit peur et se dit: "En vérité, la chose est connue!"
טו וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת-מֹשֶׁה; וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה, וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר. 
15 Pharaon fut instruit de ce fait et voulut faire mourir Moïse. Celui-ci s'enfuit de devant Pharaon et s'arrêta dans le pays de Madian, où il s'assit près d'un puits.
טז וּלְכֹהֵן מִדְיָן, שֶׁבַע בָּנוֹת; וַתָּבֹאנָה וַתִּדְלֶנָה, וַתְּמַלֶּאנָה אֶת-הָרְהָטִים, לְהַשְׁקוֹת, צֹאן אֲבִיהֶן. 
16 Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser là et emplir les auges, pour abreuver les brebis de leur père.
יז וַיָּבֹאוּ הָרֹעִים, וַיְגָרְשׁוּם; וַיָּקָם מֹשֶׁה וַיּוֹשִׁעָן, וַיַּשְׁקְ אֶת-צֹאנָם. 
17 Les pâtres survinrent et les repoussèrent. Moïse se leva, prit leur défense et abreuva leur bétail.
יח וַתָּבֹאנָה, אֶל-רְעוּאֵל אֲבִיהֶן; וַיֹּאמֶר, מַדּוּעַ מִהַרְתֶּן בֹּא הַיּוֹם. 
18 Elles retournèrent chez Réouël leur père, qui leur dit: "Pourquoi rentrez-vous sitôt aujourd'hui?"
יט וַתֹּאמַרְןָ--אִישׁ מִצְרִי, הִצִּילָנוּ מִיַּד הָרֹעִים; וְגַם-דָּלֹה דָלָה לָנוּ, וַיַּשְׁקְ אֶת-הַצֹּאן. 
19 Elles répondirent: "Un certain Égyptien nous a défendues contre les pâtres; bien plus, il a même puisé pour nous et a fait boire le bétail."
כ וַיֹּאמֶר אֶל-בְּנֹתָיו, וְאַיּוֹ; לָמָּה זֶּה עֲזַבְתֶּן אֶת-הָאִישׁ, קִרְאֶן לוֹ וְיֹאכַל לָחֶם. 
20 Il dit à ses filles: "Et où est-il? Pourquoi avez-vous laissé là cet homme? Appelez-le, qu'il vienne manger."
כא וַיּוֹאֶל מֹשֶׁה, לָשֶׁבֶת אֶת-הָאִישׁ; וַיִּתֵּן אֶת-צִפֹּרָה בִתּוֹ, לְמֹשֶׁה. 
21 Moïse consentit à demeurer avec cet homme, qui lui donna en mariage Séphora, sa fille.
כב וַתֵּלֶד בֵּן, וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ גֵּרְשֹׁם:  כִּי אָמַר--גֵּר הָיִיתִי, בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה.  {פ}
22 Elle enfanta un fils, qu'il nomma Gersom, en disant: "Je suis un émigré sur une terre étrangère."
כג וַיְהִי בַיָּמִים הָרַבִּים הָהֵם, וַיָּמָת מֶלֶךְ מִצְרַיִם, וַיֵּאָנְחוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל מִן-הָעֲבֹדָה, וַיִּזְעָקוּ; וַתַּעַל שַׁוְעָתָם אֶל-הָאֱלֹקים, מִן-הָעֲבֹדָה. 
23 Il arriva, dans ce long intervalle, que le roi d'Égypte mourut. Les enfants d'Israël gémirent du sein de l'esclavage et se lamentèrent; leur plainte monta vers Dieu du sein de l'esclavage.
כד וַיִּשְׁמַע אֱלֹקים, אֶת-נַאֲקָתָם; וַיִּזְכֹּר אֱלֹקים אֶת-בְּרִיתוֹ, אֶת-אַבְרָהָם אֶת-יִצְחָק וְאֶת-יַעֲקֹב. 
24 Le Seigneur entendit leurs soupirs et il se ressouvint de son alliance avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob.
כה וַיַּרְא אֱלֹקים, אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וַיֵּדַע, אֱלֹקים.  {ס}
25 Puis, le Seigneur considéra les enfants d'Israël et il avisa.
  
Chémot – 18

א וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹקִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא ה׳ אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם. 
1 Jéthro, prêtre de Madian, beau-père de Moïse, apprit tout ce que Dieu avait fait pour Moïse et pour Israël son peuple, lorsque l'Éternel avait fait sortir Israël de l'Égypte.
ב וַיִּקַּח, יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, אֶת-צִפֹּרָה, אֵשֶׁת מֹשֶׁה--אַחַר, שִׁלּוּחֶיהָ. 
2 Alors Jéthro, beau-père de Moïse, emmena Séphora, épouse de Moïse, qui la lui avait renvoyée.
ג וְאֵת, שְׁנֵי בָנֶיהָ:  אֲשֶׁר שֵׁם הָאֶחָד, גֵּרְשֹׁם--כִּי אָמַר, גֵּר הָיִיתִי בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה. 
3 Il emmena aussi ses deux fils, l’un nommé Gersom, "car, avait-il dit, je suis un émigré sur une terre étrangère";
ד וְשֵׁם הָאֶחָד, אֱלִיעֶזֶר--כִּי-אֱלֹקֵי אָבִי בְּעֶזְרִי, וַיַּצִּלֵנִי מֵחֶרֶב פַּרְעֹה. 
4 l’autre nommé Eliézer, "parce que le Dieu de mon père m’est venu en aide et m’a sauvé du glaive de Pharaon."
ה וַיָּבֹא יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, וּבָנָיו וְאִשְׁתּוֹ--אֶל-מֹשֶׁה:  אֶל-הַמִּדְבָּר, אֲשֶׁר-הוּא חֹנֶה שָׁם--הַר הָאֱלֹקִים. 
5 Jéthro, beau-père de Moïse, vint, avec les fils et la femme de celui-ci, trouver Moïse au désert où il campait, près de la montagne du Seigneur.
ו וַיֹּאמֶר, אֶל-מֹשֶׁה, אֲנִי חֹתֶנְךָ יִתְרוֹ, בָּא אֵלֶיךָ; וְאִשְׁתְּךָ--וּשְׁנֵי בָנֶיהָ, עִמָּהּ. 
6 Il fit dire à Moïse: "Moi ton beau-père, Jéthro, je viens à toi avec ta femme accompagnée de ses deux fils."
ז וַיֵּצֵא מֹשֶׁה לִקְרַאת חֹתְנוֹ, וַיִּשְׁתַּחוּ וַיִּשַּׁק-לוֹ, וַיִּשְׁאֲלוּ אִישׁ-לְרֵעֵהוּ, לְשָׁלוֹם; וַיָּבֹאוּ, הָאֹהֱלָה. 
7 Moïse alla au-devant de son beau-père; il se prosterna, il l’embrassa et ils s’informèrent mutuellement de leur bien-être puis ils entrèrent dans la tente.
ח וַיְסַפֵּר מֹשֶׁה, לְחֹתְנוֹ, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה ה׳ לְפַרְעֹה וּלְמִצְרַיִם, עַל אוֹדֹת יִשְׂרָאֵל:  אֵת כָּל-הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאָתַם בַּדֶּרֶךְ, וַיַּצִּלֵם ה׳. 
8 Moïse conta à son beau père tout ce que l’Éternel avait fait à Pharaon et à l’Egypte à cause d’Israël; toutes les tribulations qu’ils avaient essuyées dans le voyage et comment le Seigneur les avait protégés.
ט וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ--עַל כָּל-הַטּוֹבָה, אֲשֶׁר-עָשָׂה ה׳ לְיִשְׂרָאֵל:  אֲשֶׁר הִצִּילוֹ, מִיַּד מִצְרָיִם. 
9 Jéthro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël, en le sauvant de la main des Egyptiens
י וַיֹּאמֶר, יִתְרוֹ, בָּרוּךְ ה׳, אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה:  אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת-הָעָם, מִתַּחַת יַד-מִצְרָיִם. 
10 et il dit: "Loué soit l’Éternel, qui vous a sauvés de la main des Egyptiens et de celle de Pharaon, qui a soustrait ce peuple à la main des Egyptiens!
יא עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-גָדוֹל ה׳ מִכָּל-הָאֱלֹהִים:  כִּי בַדָּבָר, אֲשֶׁר זָדוּ עֲלֵיהֶם. 
11 Je reconnais, à cette heure, que l’Éternel est plus grand que tous les dieux, puisqu’il a été dans cette circonstance où l’on avait agi tyranniquement à leur égard."
יב וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה, עֹלָה וּזְבָחִים--לֵאלֹקִים; וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל, לֶאֱכָל-לֶחֶם עִם-חֹתֵן מֹשֶׁה--לִפְנֵי הָאֱלֹקִים. 
12 Jéthro, beau-père de Moïse, offrit holocauste et d’autres sacrifices à Dieu; et Aaron et tous les anciens d'Israël vinrent partager le repas du beau-père de Moïse, en présence de Dieu.
יג וַיְהִי, מִמָּחֳרָת, וַיֵּשֶׁב מֹשֶׁה, לִשְׁפֹּט אֶת-הָעָם; וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל-מֹשֶׁה, מִן-הַבֹּקֶר עַד-הָעָרֶב. 
13 Le lendemain, Moïse s’assit pour rendre la justice au peuple et le peuple se tint debout autour de Moïse, du matin jusqu'au soir.
יד וַיַּרְא חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר-הוּא עֹשֶׂה לָעָם; וַיֹּאמֶר, מָה-הַדָּבָר הַזֶּה אֲשֶׁר אַתָּה עֹשֶׂה לָעָם--מַדּוּעַ אַתָּה יוֹשֵׁב לְבַדֶּךָ, וְכָל-הָעָם נִצָּב עָלֶיךָ מִן-בֹּקֶר עַד-עָרֶב. 
14 Le beau-père de Moïse, voyant comme il procédait à l'égard du peuple, lui dit: "Que signifie ta façon d'agir envers ce peuple? Pourquoi sièges-tu seul et tout le peuple stationne-t-il autour de toi du matin au soir?"
טו וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה, לְחֹתְנוֹ:  כִּי-יָבֹא אֵלַי הָעָם, לִדְרֹשׁ אֱלֹקִים. 
15 Moïse répondit à son beau-père: "C'est que le peuple vient à moi pour consulter le Seigneur.
טז כִּי-יִהְיֶה לָהֶם דָּבָר, בָּא אֵלַי, וְשָׁפַטְתִּי, בֵּין אִישׁ וּבֵין רֵעֵהוּ; וְהוֹדַעְתִּי אֶת-חֻקֵּי הָאֱלֹקִים, וְאֶת-תּוֹרֹתָיו. 
16 Lorsqu'ils ont une affaire, elle m'est soumise; alors je prononce entre les parties et je fais connaître les décrets du Seigneur et ses instructions."
יז וַיֹּאמֶר חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵלָיו:  לֹא-טוֹב, הַדָּבָר, אֲשֶׁר אַתָּה, עֹשֶׂה. 
17 Le beau-père de Moïse lui répliqua: "Le procédé que tu emploies n'est pas bon.
יח נָבֹל תִּבֹּל--גַּם-אַתָּה, גַּם-הָעָם הַזֶּה אֲשֶׁר עִמָּךְ:  כִּי-כָבֵד מִמְּךָ הַדָּבָר, לֹא-תוּכַל עֲשֹׂהוּ לְבַדֶּךָ. 
18 Tu succomberas certainement et toi-même et ce peuple qui t'entoure; car la tâche est trop lourde pour toi, tu ne saurais l'accomplir seul.
יט עַתָּה שְׁמַע בְּקֹלִי, אִיעָצְךָ, וִיהִי אֱלֹקִים, עִמָּךְ; הֱיֵה אַתָּה לָעָם, מוּל הָאֱלֹקִים, וְהֵבֵאתָ אַתָּה אֶת-הַדְּבָרִים, אֶל-הָאֱלֹקִים. 
19 Or, écoute ma voix, ce que je veux te conseiller et que Dieu te soit en aide! Représente, toi seul, le peuple vis-à-vis de Dieu, en exposant les litiges au Seigneur;
כ וְהִזְהַרְתָּה אֶתְהֶם, אֶת-הַחֻקִּים וְאֶת-הַתּוֹרֹת; וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ, וְאֶת-הַמַּעֲשֶׂה, אֲשֶׁר יַעֲשׂוּן. 
20 notifie-leur également les lois et les doctrines, instruis-les de la voie qu'ils ont à suivre et de la conduite qu'ils doivent tenir.
כא וְאַתָּה תֶחֱזֶה מִכָּל-הָעָם אַנְשֵׁי-חַיִל יִרְאֵי אֱלֹקִים, אַנְשֵׁי אֱמֶת--שֹׂנְאֵי בָצַע; וְשַׂמְתָּ עֲלֵהֶם, שָׂרֵי אֲלָפִים שָׂרֵי מֵאוֹת, שָׂרֵי חֲמִשִּׁים, וְשָׂרֵי עֲשָׂרֹת. 
21 Mais, de ton côté, choisis entre tout le peuple des hommes éminents, craignant Dieu, amis de la vérité, ennemis du lucre et place-les à leur tête comme chiliarques, centurions, cinquanteniers et décurions.
כב וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, בְּכָל-עֵת, וְהָיָה כָּל-הַדָּבָר הַגָּדֹל יָבִיאוּ אֵלֶיךָ, וְכָל-הַדָּבָר הַקָּטֹן יִשְׁפְּטוּ-הֵם; וְהָקֵל, מֵעָלֶיךָ, וְנָשְׂאוּ, אִתָּךְ. 
22 Ils jugeront le peuple en permanence; et alors, toute affaire grave ils te la soumettront, tandis qu'ils décideront eux-mêmes les questions peu importantes. Ils te soulageront ainsi en partageant ton fardeau.
כג אִם אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, תַּעֲשֶׂה, וְצִוְּךָ אֱלֹקִים, וְיָכָלְתָּ עֲמֹד; וְגַם כָּל-הָעָם הַזֶּה, עַל-מְקֹמוֹ יָבֹא בְשָׁלוֹם. 
23 Si tu adoptes cette conduite, Dieu te donnera ses ordres et tu pourras suffire à l'œuvre; et de son côté, tout ce peuple se rendra tranquillement où il doit se rendre."
כד וַיִּשְׁמַע מֹשֶׁה, לְקוֹל חֹתְנוֹ; וַיַּעַשׂ, כֹּל אֲשֶׁר אָמָר. 
24 Moïse écouta l'avis de son beau-père et effectua tout ce qu'il avait dit.
כה וַיִּבְחַר מֹשֶׁה אַנְשֵׁי-חַיִל מִכָּל-יִשְׂרָאֵל, וַיִּתֵּן אֹתָם רָאשִׁים עַל-הָעָם--שָׂרֵי אֲלָפִים שָׂרֵי מֵאוֹת, שָׂרֵי חֲמִשִּׁים וְשָׂרֵי עֲשָׂרֹת. 
25 Il choisit des hommes de mérite entre tout Israël et les créa magistrats du peuple: chiliarques, centurions, cinquanteniers et décurions.
כו וְשָׁפְטוּ אֶת-הָעָם, בְּכָל-עֵת:  אֶת-הַדָּבָר הַקָּשֶׁה יְבִיאוּן אֶל-מֹשֶׁה, וְכָל-הַדָּבָר הַקָּטֹן יִשְׁפּוּטוּ הֵם. 
26 Ils jugeaient le peuple en permanence; les cas difficiles, ils les rapportaient à Moïse et les causes simples, ils les décidaient eux-mêmes.
כז וַיְשַׁלַּח מֹשֶׁה, אֶת-חֹתְנוֹ; וַיֵּלֶךְ לוֹ, אֶל-אַרְצוֹ.  {פ}
27 Moïse reconduisit son beau-père, qui s'en retourna dans son pays.




[1] ’Hazal disent que l’expression « manger du pain » fait allusion au mariage.
[2] Une analyse sémantique détaillée dans le cours sur Moché fait le lien entre cet épisode et le premier mariage de l’Histoire et permet d’arriver à la même conclusion que Moché, en jugeant le peuple, le lie à D.ieu. Ce cours est disponible ici : http://ravfohrman.blogspot.com/2012/07/le-discours-de-moche-parashat-devarim.html
[3] En effet, rien n’indique pour l’instant que cette montagne est spéciale. C’est plus tard, après le don de la Torah au peuple – puisque le mont ’Horev est le mont Sinaï – qu’on comprendra cette appellation.
[4] NdT. On notera que le début du dialogue entre Hachem et Moché est écrit exactement de la même manière que celui entre Hachem et Avraham avant la ’Akéda. En effet, Hachem prononce deux fois le nom de Moché, et celui-ci répond « הִנֵּנִי », « me voici ». Peut-être s’agit-il ici d’une nouvelle « ’Akéda », épreuve extrême, pour Moché ? À creuser.
[5] NdT. Moché est souvent appelé par ’Hazal : « berger de confiance » - « רועה נאמן »
[6] Voir le cours La structure cachée des dix commandements de Rav Fohrman  Disponible ici: http://ravfohrman.blogspot.com/search/label/Dix%20Commandements
[7]  NdT. N’y voyez là aucune allusion à une quelconque chanson connue de Téri Moïse – Moïse, Moïse, tiens donc…    qui porte d’ailleurs sur ce thème de la protection…


Traduit et retranscrit librement par Itala.
Ce cours est une synthèse de plusieurs cours donnés par le Rav D. Fohrman intitulés « Ytro » (série de 3 cours) et « The Aseret haDibrot through the Prism of the Burning Bush »

Aucun commentaire:

Publier un commentaire