vendredi 3 février 2012

Le Chant de Myriam


Dans la paracha de cette semaine, Béchala'h, nous allons lire la Chirat hayam, le chant que les enfants d'Israël ont fait en traversant la mer de Joncs. Bizarrement, Myriam, la grande sœur de Moché prend les femmes avec elle et chante une autre chanson, avec tambour et musique.

Pourquoi s'est-elle séparée du reste du peuple et a fait sa chanson?

L'idée que Rav Fohrman développe est que Myriam, dans son histoire, a toujours été liée au thème de l'eau. Elle a vécu des choses fortes en émotion en relation avec l'eau qui, à la vue de cette eau de la mer qui s'ouvre, ont peut-être ressurgi en elle et ont déclenché cet élan qui s'est traduit pas un chant...

Il s'agit de l'extrait d'un cours déjà publié: Pourquoi Moché n'a-t-il pas pu en Terre d'Israël?

Myriam et l’eau

Le peuple d'Israël s'est trouvé confronté à trois crise où il a manqué d'eau.
 
1)      Crise d’eau n°1 :

Le peuple d’Israël est dans le désert depuis trois jours et il meurt de soif. Il se plaint car l’eau qu’il trouve est amère. Moché fait un miracle et adoucit l’eau.

Voici le texte de la Torah (Exode 15:22-25):

כ וַתִּקַּח מִרְיָם הַנְּבִיאָה אֲחוֹת אַהֲרֹן, אֶת-הַתֹּף--בְּיָדָהּ; וַתֵּצֶאןָ כָל-הַנָּשִׁים אַחֲרֶיהָ, בְּתֻפִּים וּבִמְחֹלֹת. 
20 Myriam, la prophétesse, sœur d'Aaron, prit en main un tambourin et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins et des instruments de danse.
כא וַתַּעַן לָהֶם, מִרְיָם:  שִׁירוּ לַה' כִּי-גָאֹה גָּאָה, סוּס וְרֹכְבוֹ רָמָה בַיָּם.  {ס}
21 Et Myriam leur fit répéter: "Chantez l'Éternel, il est souverainement grand; coursier et cavalier, il les a lancés dans la mer…"
כב וַיַּסַּע מֹשֶׁה אֶת-יִשְׂרָאֵל מִיַּם-סוּף, וַיֵּצְאוּ אֶל-מִדְבַּר-שׁוּר; וַיֵּלְכוּ שְׁלֹשֶׁת-יָמִים בַּמִּדְבָּר, וְלֹא-מָצְאוּ מָיִם. 
22 Moïse fit décamper Israël de la plage des joncs et ils débouchèrent dans le désert de Chour, où ils marchèrent trois jours sans trouver d'eau.
כג וַיָּבֹאוּ מָרָתָה--וְלֹא יָכְלוּ לִשְׁתֹּת מַיִם מִמָּרָה, כִּי מָרִים הֵם; עַל-כֵּן קָרָא-שְׁמָהּ, מָרָה. 
23 Ils arrivèrent à Mara. Or, ils ne purent boire l'eau de Mara, elle était trop amère; c'est pourquoi on nomma ce lieu Mara.
כד וַיִּלֹּנוּ הָעָם עַל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר, מַה-נִּשְׁתֶּה. 
24 Le peuple murmura contre Moïse, disant: "Que boirons-nous?"
כה וַיִּצְעַק אֶל-ה’, וַיּוֹרֵהוּ ה’ עֵץ, וַיַּשְׁלֵךְ אֶל-הַמַּיִם, וַיִּמְתְּקוּ הַמָּיִם; שָׁם שָׂם לוֹ חֹק וּמִשְׁפָּט, וְשָׁם נִסָּהוּ. 
25 Moïse implora le Seigneur; celui-ci lui indiqua un bois, qu'il jeta dans l'eau et l'eau devint potable. C'est alors qu'il lui imposa un principe et une loi, c'est alors qu'il le mit à l'épreuve

Cette crise d’eau a l’air tout à fait logique. Imaginez-vous : Trois jours sans boire, dans le désert !


2)      Crise d’eau n°2

Celle-ci a lieu quelques semaines à la suite de la précédente. Et là, il se passe quelque chose de fascinant : Hachem demande à Moché de frapper un rocher afin que de l’eau en sorte et abreuve le peuple d’Israël assoiffé.


Voici le texte de la Torah (Exode 17:3-6):

ג וַיִּצְמָא שָׁם הָעָם לַמַּיִם, וַיָּלֶן הָעָם עַל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר, לָמָּה זֶּה הֶעֱלִיתָנוּ מִמִּצְרַיִם, לְהָמִית אֹתִי וְאֶת-בָּנַי וְאֶת-מִקְנַי, בַּצָּמָא. 
3 Alors, pressé par la soif, le peuple murmura contre Moïse et dit: "Pourquoi nous as-tu fait sortir de l'Égypte, pour faire mourir de soif moi, mes enfants et mes troupeaux?"
ד וַיִּצְעַק מֹשֶׁה אֶל-ה’ לֵאמֹר, מָה אֶעֱשֶׂה לָעָם הַזֶּה; עוֹד מְעַט, וּסְקָלֻנִי. 
4 Moïse se plaignit au Seigneur, en disant: "Que ferai-je pour ce peuple? Peu s'en faut qu'ils ne me lapident"
ה וַיֹּאמֶר ה’ אֶל-מֹשֶׁה, עֲבֹר לִפְנֵי הָעָם, וְקַח אִתְּךָ, מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל; וּמַטְּךָ, אֲשֶׁר הִכִּיתָ בּוֹ אֶת-הַיְאֹר--קַח בְּיָדְךָ, וְהָלָכְתָּ. 
5 Le Seigneur répondit à Moïse: "Avance-toi à la tête du peuple, accompagné de quelques-uns des anciens d'Israël; et ta verge, dont tu as frappé le fleuve, prends-la en main et marche.
ו הִנְנִי עֹמֵד לְפָנֶיךָ שָּׁם עַל-הַצּוּר, בְּחֹרֵב, וְהִכִּיתָ בַצּוּר וְיָצְאוּ מִמֶּנּוּ מַיִם, וְשָׁתָה הָעָם; וַיַּעַשׂ כֵּן מֹשֶׁה, לְעֵינֵי זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל. 
6 Je vais t'apparaître là-bas sur le rocher, au mont Horeb; tu frapperas ce rocher et il en jaillira de l'eau et le peuple boira." Ainsi fit Moïse, à la vue des anciens d'Israël.


3)      Crise d’eau n°3

C’est celle qui mène à l’histoire de Moché et « du » Bâton. Il est intéressant de noter qu’il s’est écoulé quarante ans entre la crise n°2 et la crise n°3. Une question s’impose encore : comment ont-ils fait pour tenir dans le désert sans eau pendant quarante ans ?
C’est Rachi qui nous éclaire ici (Nombres, 20:2):

 
« Et il n’y avait pas d’eau pour la communauté » : D’où l’on apprend qu’ils ont disposé du puits, tout au long des quarante ans, grâce au mérite de Myriam (Ta‘anith 9a).

Les sages, explique Rachi, apprennent d’ici que le Rocher qui a été frappé dans la crise n°2 n’a cessé de fournir de l’eau jusqu’à la crise n°3.

Et pourquoi s’est-il arrêté ?
A cause de la mort de Myriam ! C’est par le mérite de Myriam que ce Rocher n’a cessé de fonctionner et c’est ce Rocher que les sages ont appelé «באר מרים  » - Le puits de Myriam.

Rachi vient de nous aider à mettre la première pièce de notre puzzle.
On comprend à présent le lien entre notre histoire et la mort de Myriam, on comprend que le Rocher était en fait le puits de Myriam et on comprend comment les Bnei Israël ont fait pour boire pendant quarante ans.

Myriam est présente dans chacune des crises d’eau! Bizarrement, elle apparaît dans le prologue de la crise n°1 (Exode 15 :20), puis la crise n°2 est l’apparition du puits de Myriam et enfin c’est sa disparition qui génère la crise n°3.

D’ailleurs, pour enfoncer le clou, de combien de manières est-il possible de lire le mot Myriam – «מרים  » en hébreu en gardant l’ordre des lettres et en changeant les voyelles?

Exactement trois qui aient un sens :
1)      Marim – qui signifie « amères »
2)      Mérim – qui signifie « il soulève »
3)      Morim – qui signifie « rebelles »

Chacune de ces combinaisons du nom de Myriam apparaît dans une crise d’eau ! « Marim » comme les eaux amères de la crise n°1, « Mérim » comme Moché qui soulève son bras pour frapper le Rocher dans la crise n°2 et « Morim » comme l’injection de Moché envers les rebelles.

Comment se fait-il que Myriam soit tellement liée à l’eau ?

Il faut rechercher les connexions de Myriam avec l’eau dans sa propre histoire.
On rencontre Myriam dans la Torah avant les crises d’eau :
-          Quand elle surveille le bébé Moché qui a été posé sur le Nil
-          Quand elle chante avec les femmes lors de la traversée de la Mer des Joncs –  יַּם-סוּף. D’ailleurs ceci est étonnant. Qu’est-ce qui a poussé Myriam à former un chant avec tambours et instruments de danse – בְּתֻפִּים וּבִמְחֹלֹת ?

Y-a-t-il un lien entre ces deux histoires de Myriam ?

     Les deux bords – Le Nil et la Mer des Joncs


Etudions l’histoire de Myriam sur le Nil (Exode 2 :1-8) :

א וַיֵּלֶךְ אִישׁ, מִבֵּית לֵוִי; וַיִּקַּח, אֶת-בַּת-לֵוִי. 
1 Or, il y avait un homme de la famille de Lévi, qui avait épousé une fille de Lévi.
ב וַתַּהַר הָאִשָּׁה, וַתֵּלֶד בֵּן; וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי-טוֹב הוּא, וַתִּצְפְּנֵהוּ שְׁלֹשָׁה יְרָחִים. 
2 Cette femme conçut et enfanta un fils. Elle considéra qu'il était beau et le tint caché pendant trois mois.
ג וְלֹא-יָכְלָה עוֹד, הַצְּפִינוֹ, וַתִּקַּח-לוֹ תֵּבַת גֹּמֶא, וַתַּחְמְרָה בַחֵמָר וּבַזָּפֶת; וַתָּשֶׂם בָּהּ אֶת-הַיֶּלֶד, וַתָּשֶׂם בַּסּוּף עַל-שְׂפַת הַיְאֹר. 
3 Ne pouvant le cacher plus longtemps, elle lui prépara un berceau de jonc qu'elle enduisit de bitume et de poix, elle y plaça l'enfant et le déposa dans les roseaux sur la rive du fleuve.
ד וַתֵּתַצַּב אֲחֹתוֹ, מֵרָחֹק, לְדֵעָה, מַה-יֵּעָשֶׂה לוֹ. 
4 Sa sœur se tint à distance pour observer ce qui lui arriverait.
ה וַתֵּרֶד בַּת-פַּרְעֹה לִרְחֹץ עַל-הַיְאֹר, וְנַעֲרֹתֶיהָ הֹלְכֹת עַל-יַד הַיְאֹר; וַתֵּרֶא אֶת-הַתֵּבָה בְּתוֹךְ הַסּוּף, וַתִּשְׁלַח אֶת-אֲמָתָהּ וַתִּקָּחֶהָ. 
5 Or, la fille de Pharaon descendit, pour se baigner, vers le fleuve, ses compagnes la suivant sur la rive. Elle aperçut le berceau parmi les roseaux et envoya sa servante qui alla le prendre.
ו וַתִּפְתַּח וַתִּרְאֵהוּ אֶת-הַיֶּלֶד, וְהִנֵּה-נַעַר בֹּכֶה; וַתַּחְמֹל עָלָיו--וַתֹּאמֶר, מִיַּלְדֵי הָעִבְרִים זֶה. 
6 Elle l'ouvrit, elle y vit l'enfant: c'était un garçon vagissant. Elle eut pitié de lui et dit: "C'est quelque enfant des Hébreux."
ז וַתֹּאמֶר אֲחֹתוֹ, אֶל-בַּת-פַּרְעֹה, הַאֵלֵךְ וְקָרָאתִי לָךְ אִשָּׁה מֵינֶקֶת, מִן הָעִבְרִיֹּת; וְתֵינִק לָךְ, אֶת-הַיָּלֶד. 
7 Sa sœur dit à la fille de Pharaon: "Faut-il t'aller quérir une nourrice parmi les femmes hébreues, qui t'allaitera cet enfant?"
ח וַתֹּאמֶר-לָהּ בַּת-פַּרְעֹה, לֵכִי; וַתֵּלֶךְ, הָעַלְמָה, וַתִּקְרָא, אֶת-אֵם הַיָּלֶד. 
8 La fille de Pharaon lui répondit: "Va." Et la jeune fille alla quérir la mère de l'enfant.

Qu’y a-t-il, dans cette histoire de Myriam qui sauve Moché, qui rappelle l’épisode de la traversée de la Mer de Joncs et le chant de Myriam qui l’a suivi ?

Lisons à présent le texte relatant l’épisode de la Mer des Joncs (Exode 14:9-13) :

ט וַיִּרְדְּפוּ מִצְרַיִם אַחֲרֵיהֶם, וַיַּשִּׂיגוּ אוֹתָם חֹנִים עַל-הַיָּם, כָּל-סוּס רֶכֶב פַּרְעֹה, וּפָרָשָׁיו וְחֵילוֹ--עַל-פִּי, הַחִירֹת, לִפְנֵי, בַּעַל צְפֹן. 
9 Les Égyptiens qui les poursuivaient les rencontrèrent, campés sur le rivage; tous les attelages de Pharaon, ses cavaliers, son armée, les joignirent près de Pi-Hahiroth, devant Baal-Cefôn.
י וּפַרְעֹה, הִקְרִיב; וַיִּשְׂאוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-עֵינֵיהֶם וְהִנֵּה מִצְרַיִם נֹסֵעַ אַחֲרֵיהֶם, וַיִּירְאוּ מְאֹד, וַיִּצְעֲקוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, אֶל-ה’. 
10 Comme Pharaon approchait, les enfants d'Israël levèrent les yeux et voici que l'Égyptien était à leur poursuite; remplis d'effroi, les Israélites jetèrent des cris vers l'Éternel.
יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת ה’, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם:  כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם. 
13 Moïse répondit au peuple: "Soyez sans crainte! Attendez, et vous serez témoins de l'assistance que l'Éternel vous procurera en ce jour! Certes, si vous avez vu les Égyptiens aujourd'hui, vous ne les reverrez plus jamais.

Il existe plusieurs liens textuels entre ces deux histoires. Voici ceux que l’on a trouvés :

1)      Les Bnei Israël  se trouvent au bord de la mer. Moché a été déposé au bord du fleuve.
2)      La mer en question est la Mer des Joncs. Moché a été déposé parmi les joncs du bord du Nil.
3)      Myriam attend à l’écart – וַתֵּתַצַּב – afin de savoir ce qui arrivera à son frère. Moché dit au peuple d’Israël d’attendre pour voir – הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ.
4)      La fille de Pharaon s’approche dangereusement deMoché, accompagnée de ses servantes. C’est Pharaon lui-même qui s’approche des Bnei Israël. Il est accompagné de sa troupe. Dans les deux cas, il y a une menace d’un haut personnage égyptien accompagné.

Quelle conclusion peut-on tirer de ces connexions ?

On a l’impression que l’histoire du Nil est comme une prémonition en miniature de ce qui arrivera plus tard à grande échelle au peuple hébreu entier au bord de la Mer des Joncs. Incroyable ! En fait, Myriam a dû ressentir des choses très spéciales au bord de la Mer, cela a dû lui rappeler un épisode qui a marqué sa vie – au bord du Nil…

Le Midrach nous explique comment connecter les deux épisodes du Nil et de la Mer des Joncs. Lisons ce Midrach (Midrach Raba, 1 :22).


Le verset dit: « Et sa sœur se tenait de loin [pour voir] ». Pourquoi Myriam se tenait-elle de loin?
Rav Amram dit au nom de Rav: Car avant cela, Myriam avait prophétisé et avait dit « ma mère est destiné à donner naissance à un fils qui va sauver le peuple d’Israël ». Quand Moïse est né, la maison s’est remplie de lumière. Alors, son père se leva et l'embrassa sur la tête, en disant: « Ma fille, ta prophétie s’est réalisée! » Et ce fut à cause de cette prophétie que plus tard, à la mer, il est dit: « Myriam, la prophétesse, sœur d'Aaron, prit les instruments de musique et chanta ». Pourquoi la sœur d'Aaron et non de Moïse? Parce qu'elle a dit sa prophétie quand elle n’était encore que la sœur d'Aaron et que Moïse n'était pas encore né. Toutefois, lorsque sa mère a été forcée de le mettre dans un berceau sur le fleuve, le père s’est levé et a giflé [Myriam] sur le front en disant: « Ma fille, où est ta prophétie maintenant? ». Et c'est pourquoi il est écrit: « Myriam se tenait de loin pour      voir ». Elle voulait voir ce qui allait en être de sa prophétie.

A la lumière de ce Midrach nous pouvons un peu mieux ressentir ce que la Torah raconte dans les histoires de Myriam :

Il y avait un homme de la tribu de Lévi qui se maria avec une fille de la tribu de Levi. Les sages disent qu’en fait il s’est remarié avec la même femme suite aux remontrances de sa fille Myriam. Elle avait fait une prophétie et avait confiance en elle. Elle prophétisait qu’un enfant particulier allait naître dans sa famille et qu’il serait un sauveur pour le peuple d’Israël.
L’enfant naît et on remarque que « טוֹב הוּא » - « il était beau ». Le Midrach ci-dessus raconte que la maison s’est emplie de lumière. Ceci donnait du crédit à la prophétie de Myriam. Son père l’embrassa : « Ma fille, ta prophétie se réalise! ».
Mais Pharaon avait donné l’ordre de jeter les nouveau-nés garçons dans le Nil. Le bébé en lequel on avait tant d’espoirs ne devrait pas faire exception. Et voilà qu’on le met dans le Nil. Tous ces espoirs envolés ! Mais où est-donc ta prophétie ? Tout cela pour rien ?
Myriam ne veut pas y croire. Elle est sûre qu’Hachem viendra en aide à son frère car elle a une foi totale en sa prophétie. Alors elle se tient de loin – « וַתֵּתַצַּב אֲחֹתוֹ, מֵרָחֹק, לְדֵעָה, מַה-יֵּעָשֶׂה לוֹ » – et elle veut comprendre comment  sa prophétie se réalisera. D’un point de vue rationnel, ses chances sont pourtant bien minces.

Ce qui arrive ensuite semble terrible. C’est bien le pire scénario qu’elle aurait pu imaginer ! Qui se présente ? La fille du bourreau des nouveau-nés, en personne. Il n’y a plus aucune chance pour sa prophétie… Myriam devrait vivre ici un grand moment de désespoir ; elle voit son frère voué à une mort certaine, et elle ne peut rien faire…

Qui peut regarder une telle chose ? Par exemple, Hagar n’avait pas réussi à voir son fils Ychmaël voué à une mort certaine dans le désert. Et c’est naturel. Qui peut être capable d’assister à des scènes aussi dures ? Mais Myriam regarde. Elle a un rêve, une prophétie. Et tant que l’espoir est possible, aussi infime soit-il, elle y croit. Les carottes ne sont pas encore cuites…

Mais oui ! Elle peut faire quelque chose ! Elle se lance, elle prend son courage à deux mains et propose de trouver une nourrice pour ce bébé. Très étrangement, la fille de Pharaon lui répond positivement – « לֵכִי » – « Vas-y » !

Et nous voilà des  dizaines d’années plus tard, devant la Mer des Joncs et l’histoire semble se répéter, mais cette fois-ci dans une toute autre dimension, celle d’un peuple en entier.

Le peuple – et non plus le seul Moché bébé – se trouve au bord de l’eau, au bord des Joncs. Il est en danger, poursuivi par le Pharaon en personne accompagné de ses troupes. Et là, étrangement, alors que le peuple d’Israël est partagé sur l’action à mener (prier, faire la guerre, se rendre, se suicider), Moché prend une option à laquelle personne n’avait songé : On reste et on attend – « הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ » – que D.IEUnous délivre. Quel mimétisme à la réaction de Myriam – « וַתֵּתַצַּב אֲחֹתוֹ מֵרָחֹק לְדֵעָה » – qui attendait le miracle !

Lorsque la mer s’ouvre et que le peuple d’Israël est sauvé, Myriam ne peut qu’avoir une sensation, une émotion débordante de reconnaissance envers Hachem. Voilà probablement ce qui l’a poussée à prendre les femmes de côté et à composer sa chanson. 

Et voilà pourquoi Myriam est à ce point liée à l’eau.


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